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Le Rabbi lors de la proclamation de 
"Yé'hi Adonénou", "Vive le roi!"

Guimel Tamouz, le troisième jour du mois hébraïque de Tamouz,
 date à laquelle le Rabbi s'est caché à nos yeux  !!!

- La Torah nous enseigne:

"Le Seigneur n'accomplit rien qu'il n'ait révélé son dessein à ses serviteurs, les prophètes."
(Amos 3:7).

- Maïmonide enseigne dans les "Fondements de la Torah" (chap.7) :
"Savoir que D-ieu attribue le don de prophétie aux hommes est un fondement de la foi."

- Il ajoute dans la "Lettre du Yémen" :

"Il est clair que le retour de la prophétie est un signe précurseur de la venue
du Machia'h."

Le Rabbi de Loubavitch s'est révélé en tant que prophète selon les critères halakhiques (discours du Chabbat Choftim 5752).

Il a notamment annoncé alors qu'il était impossible de prévoir :

- que les accords de Camp David n'auraient pour effet que de déclencher et d'entretenir chez les Palestiniens un soulèvement sanguinaire en Israël, l'Intifada,

- l'émigration massive des Juifs de Russie vers Israël,
- la chute du communisme,
- la période exacte de la fin de la guerre du Golfe (Pourim), que lors de cette guerre  les masques à gaz ne seraient pas nécessaires, et qu'il n'y avait pas lieu de quitter Israël,
- l'absence de suites du putsch communiste contre Gorbatchev,
- que l'ouragan Andrew qui devait dévaster Miami n'y ferait pas de victimes et qu'il n'y avait pas lieu d'évacuer la ville.

On mesure l'ampleur de la responsabilité prise envers les habitants d'Israël, de Russie et de Miami, car le Rabbi dans tous ces cas appelait à la sérénité et à rester sur place alors que les autorités prenaient les mesures pour parer à des catastrophes, qui finalement n'eurent pas lieu.


- Le Rabbi a demandé de faire savoir que dans notre génération s'exprime un prophète, ainsi que de diffuser la prophétie principale:
" Machia'h est déjà présent et actif dans le monde et se dévoile de façon imminente"
et " Le temps de votre délivrance est arrivé ".

(Le texte intégral de ce discours est disponible ici.)

- Des milliers de Juifs réunis au "770", quartier général de Loubavitch à New York ont proclamé en sa présence, à sa demande expresse le jour de Sim'hat Torah 5753 (1992) et avec ses encouragements:

" Vive le Rabbi, Roi Machia'h pour l'éternité "
"Yé'hi Adonénou morénou véRabénou Melekh haMachia'h léolam vaèd !"

Cet événement s'est renouvelé pratiquement chaque jour pendant deux années, et diffuser en direct dans toutes les televisions du monde !!!.

Aujourd'hui encore, après la date du 3 Tamouz 5754 (1994) où le Rabbi a disparu à nos yeux de chair, cette proclamation est solennellement répétée après la prière dans les synagogues et les yéchivot Loubavitch du monde entier (à de rares exceptions près).

En effet, dans le discours que le Rabbi prononça le 2 Nissan 5748 (1988), il expliqua que l'action du peuple de crier "Vive le roi !" a pour effet de provoquer un rajout dans la vie de ce dernier et qu'ainsi nous mériterons la résurrection du Rabbi précédent ainsi que la résurrection du Machia'h !

(Le texte intégral de ce discours est disponible ici.)

Cette éventualité, surprenante au demeurant pour celui qui ne connaît pas le thème de Machia'h dans la Torah, est évoquée dans de nombreuses sources talmudiques.

(voir notamment : Talmud Sanhédrine 92b; Talmud Yéroushalmi Berakhot Chap. 2, § 4; Midrache Eikha Rabba, I, 51; Abrabanel "Yeshouot Méchi'ho" II, 1; Sdé 'Hemed : Péat Hasadeh maarekhet haAlef § 70; …)

Le Rabbi lui-même dans son livre Likoutei Si'hot vol. II, p. 518 écrit :

"On m'a demandé comment je puis dire que s'accomplira le verset "ils se lèveront et chanteront ceux qui gisent dans la poussière" et mon beau-père, le Rabbi, nous sortira de l'exil. L'ordre des choses n'est-il pas que d'abord doit intervenir la venue de Machia'h, puis l'ère messianique et seulement après la résurrection des morts ?

La réponse à cela est la suivante : il est vrai que d'une manière générale l'ordre est 1. la venue de Machia'h, 2. la construction du Temple, 3. le rassemblement des exilés, 4. la résurrection des morts.

Cependant, il est déjà arrivé par le passé que des individus ressuscitent ponctuellement et cela arrivera aussi avant la résurrection générale. Il est d'ailleurs notoire que le Talmud et les Midrachim (et des histoires plus récentes) relatent de nombreuses histoires sur des Tsadikim ayant ramené des morts à la vie. Ainsi disaient les Sages dans le traité Avoda Zara 10b "Le plus petit d'entre vous sait ressusciter les morts …"

Vie et vérité ne vont pas toujours de concert. Le monde dans lequel nous évoluons est qualifié dans le Zohar de "monde du mensonge". Les pires contrevérités y ont la part belle : D-ieu qui est partout, n'est visible nulle part; "bien mal acquis" semble parfois "bien" profiter et on ne voit pas toujours de façon évidente comment le meilleur est gagnant etc.
Le monde de l'au-delà, d'après la ..., le Gan Eden, est appelé par la même source le "monde de vérité". Les âmes y jouissent de l'illumination divine, chacun de nos actes y trouve sa juste rétribution.

Le seul problème est que, là-bas - ou plutôt là-haut -, on ne vit plus. Il est vrai qu'on "existe", mais les qualités nécessaires à qualifier cette existence de "vie" ne sont plus là. On ne peut plus se développer et croître comme de son vivant. On n'est plus investi d'une mission dont l'accomplissement prodiguera plénitude et bienfaits. On est là à profiter. On est au Paradis comme des rentiers du sublime. Par contre, ici-bas, nous sommes tels des ouvriers dont la tâche est de créer cette lumière sublime.

Ainsi se définit la Vie : créer de la lumière dans ce monde, ce monde matériel. Faire reculer les limites du mensonge et rétablir la vérité divine. Pour cela nous évoluons corporellement sur cette planète et nous accomplissons les Mitsvot - les Commandements que D-ieu a prescrit dans ce but.

Une question revient souvent : le Rabbi de Loubavitch qui a façonné notre génération dans ce qu'elle a de plus brillant, lui qui a toujours consacré chaque souffle à amener la Vie à autrui, le Rabbi est-il ... il y a six ans, un jour d'été ?

Lui dont on a dit, avec ses encouragements, qu'il est le Machia'h. Celui qui, au terme de l'exil du Peuple Juif, rétablira l'autorité et la clarté divine sur terre. Le Rabbi est-il bien ... ? Ou est-ce que nous rêvons ?

Les yeux voient mais le cœur ne croit pas. Les yeux voient mais l'esprit n'accepte pas.

Le Talmud, Traité Taanit, nous dit que Yaakov Avinou - notre père Jacob - , n'est pas .... Les yeux ont vu l'embaumement, l'enterrement, l'éloge funèbre, mais il n'est pas .... Pas du tout.

Comment le Talmud prouve-t-il cela ? Avec un verset de la Torah.

Lorsque l'on est perdu et désorienté. Lorsque nos yeux ne nous sont plus d'aucun secours, nous nous servons de repères extérieurs. Boussole, compas, radar, phare … Dans l'obscurité de l'exil, la Torah est notre phare, notre boussole. Lorsque l'on est plongé dans le doute, il faut donner la préséance aux yeux de la Torah sur les yeux charnels.

Le Rabbi continue de nous éclairer de façon directe et sans intermédiaire. Non pas autant qu'avant mais bien plus qu'avant. Innombrables sont les témoignages de ceux qui, dans la période actuelle, ont reçu des réponses et des bénédictions du Rabbi, sans aucune équivoque. Le Rabbi est présent. Vivant.

C'est indéniable bien qu'incroyable. C'est indéniable bien qu'incompréhensible.

En  vérité, la question qui doit nous empêcher de dormir n'est pas le degré de vie du Rabbi. C'est le degré de notre vie. Sommes-nous porteurs de cette "Vie" dont on a parlé plus haut ? Avons nous dévoilé cette étincelle divine qui fait vibrer notre âme ? Avons nous atteint l'objectif que le Rabbi nous a fixé ?

C'est lorsque l'on retire l'allumette de la bougie que l'on voit si la flamme de celle-ci monte d'elle-même. Nous savons que notre flamme est issue du Rabbi, mais la faisons nous briller d'une intensité digne de sa source ?

Guimel Tamouz, le troisième jour du mois hébraïque de Tamouz, date à laquelle le Rabbi s'est caché à nos yeux, est le cadeau du Rabbi au Peuple Juif. C'est le jour qui nous investit des forces nécessaires à briller de nous-mêmes, à dévoiler le divin qui est en nous dans toute sa force, à faire écho au Rabbi.

Sachons célébrer ce jour comme il se doit. Soyons, nous aussi, des "allumeurs de réverbères", des ouvriers de la lumière, en faisant encore plus et encore mieux les Mitsvot. Prenons la résolution de nous renforcer dans l'étude de la Torah - en particulier dans les textes traitant de la venue de Machia'h - afin que nos yeux s'ouvrent et qu'enfin nous puissions voir ce que D-ieu attend de nous montrer : la Délivrance.

Yehi adonenou morenou ve rabenou meleh ha mashiah le olam vaed !!!

      Edité par "Machiah Arrive"  - http://www.chez.com/machiaharrive/


AGENDA

Le Temple Saint

Le Midrach nous dit que la "Even Hachetiya", une pierre immense qui se trouvait au centre du Temple est la pierre de base de tout l'univers, elle est la fondation sur laquelle le monde est construit.

L'endroit où le Roi Salomon construisit l'autel du Temple était le même que celui où Abraham construisit un autel au moment du sacrifice d'Isaac son fils, l'endroit où Noé construisit un autel quand il quitta l'arche après le déluge, l'endroit où Cain et Abel emmenèrent leur offrande, l'endroit où Adam offrit son sacrifice quand il fut créé. C'est aussi à cet endroit qu'Adam fut créé.

Les ingénieurs modernes n'arrivent pas à comprendre comment les pierres immenses du Temple, certaines pesant 400 tonnes, étaient portées pour être placées. Nos sages disent que les anges participèrent à la construction.

Dans le Saint des Saints, au dessus de l'arche sainte se trouvaient les Chérubins, deux figures d'ange sculptés d'or. Il est dit que, lorsque le peuple juif vivait en harmonie et obéissait à la volonté de D', les Chérubins se tenaient face à face, tandis que dans le cas contraire, les Chérubins se donnaient le dos.

Dans l'Arche sainte se trouvaient les Tables de la Loi sur lesquelles sont gravées les dix commandements. Le Saint des Saints, où se trouvait l'arche, mesurait 20 coudées, néanmoins quand on mesurait l'espace qui séparait l'arche du mur on trouvait 10 coudées de chaque côté. L'arche était un objet physique qui ne prenait pas de place, car l'arche se trouvait à la porte qui sépare le monde matériel et le monde spirituel.

Les sacrifices qu'on offrait au Temple étaient consumés par un feu qui descendait du ciel en forme de lion, malgré le bois qui brûlait sur l'autel continuellement.

Parmi les miracles associés avec le Temple des centaines de milliers de juifs venaient pèleriner à Jérusalem pour les fêtes, et il ne manquait jamais de place d'hébergement.

La Menorah, le Candélabre à sept branches du Temple, était décoré de dessins et de décorations sculptés d'un seul bloc d'or. Moché ne comprit pas comment cela pouvait être fait, c'est alors que D' lui dit de jeter un bloc d'or dans le feu, et la Menorah ressortit, entièrement formée.

Quand les Prêtres, Cohanimes, virent les flammes dans le Temple au moment de sa destruction, ils montèrent sur les toits avec les clés du Temple, criant : "Maître de l'univers! Nous ne nous sommes pas occupés du Temple comme il se doit. Que les clés retournent chez leur patron!". Ils lancèrent les clés vers le haut, une main s'étendit du ciel pour reprendre les clés.

Depuis la destruction du Temple, un mur resta intact, ce mur qui se trouvait à l'Ouest, le mur Occidental. Dans tout le monde, les juifs prient trois fois par jour dans la direction de l'endroit du Temple, la porte par laquelle nos prières sont entendues et exaucées. Nos sages nous disent: "La présence divine n'a jamais quitté le mur qui se trouvait à l'Ouest".

Edité par le Bureau Lubavitch Européen - http://www.chabad-fr.org

Une Personnalité Hors du Commun

L'arrestation et l'emprisonnement dans les prisons soviétiques (le 15 Sivan 5687- 1927) pour "activités contre-révolutionnaires" du Rabbi précédent de Lubavitch, Rabbi Joseph-Yitz'hak zatsal Schneersohn, et sa libération le 12 Tamouz marquent une période essentielle dans l'histoire du mouvement 'Habad-Lubavitch. D'innombrables actes d'héroïsme spirituel trouvent leur origine dans cet important événement. Défiant un régime monolithique et autoritaire, le Rabbi endura d'incroyables souffrances mais resta ferme dans ses efforts pour propager le véritable judaïsme toranique à travers la Russie.
Le récit de son autobiographie durant cet période de sa vie, est une source inépuisable d'éléments édifiants qui composent les nombreuses facettes d'une personnalité spirituelle hors du commun. Dans l'extrait suivant, le Rabbi décrit l'interrogatoire qu'il subit dans la fameuse prison "Chpalerka" à Leningrad. Contrairement à ceux qui se laissent envahir par l'angoisse, le Rabbi garde contenance. Avec un don d'observation peu fréquent, il analyse les procédés employés pour terroriser les prévenus. Mais l'essentiel reste son courage et sa fermeté face à la brutalité et à l'insensibilité de ses tortionnaires devant la sainteté Divine de l'âme humaine. Le récit de ses propres réactions et de ses émotions illumine toute sa narration. Cependant on peut s'interroger sur les nombreux motifs qui ont poussé le Rabbi à écrire un ouvrage aussi personnel et à le rendre public. Selon toutes probabilités, sa première intention fut de transmettre un héritage 'hassidique unique, imprégné de foi et de courage, afin d'aider les autres à surmonter une crise existentielle que les causes en soient internes ou externes. Ceci rend le récit encore plus pertinent et plus significatif.

Au milieu de la nuit, des agents de la G.P.U. (la police secrète soviétique), membres de la section juive du Parti Communiste (Yevsektziya) pénétrèrent dans la maison du Rabbi, perquisitionnèrent et terrorisèrent toute la maisonnée. Puis ils arrêtèrent le Rabbi et lui annoncèrent qu'il serait conduit en prison pour une courte durée, afin d'y subir un interrogatoire. Mais le Rabbi et sa famille comprirent que le danger était grand. L'extrait suivant nous raconte l'interrogatoire préliminaire qui eut lieu quelques heures après son arrivée en prison.

L'Antichambre de l'Enfer

Je franchis le seuil et pénétrai dans une salle de 50 mètres carrés environ. Le long des trois murs de la pièce, une vingtaine des femmes étaient assises la plupart écrivaient en fumant; elles faisaient face au centre de la pièce, et de l'autre côté des bureaux, il y avait les bancs sur lesquels "les invités" devaient s'asseoir. C'était un étrange spectacle. Il y avait environ quarante personnes dans cette salle: les vingt secrétaires qui écrivaient sur de grandes feuilles, et les vingt personnes qui répondaient, bon gré mal gré, à leurs questions. Les questions et les réponses s'échangeaient dans le plus grand calme, on entendait seulement le crissement des plumes sur les feuilles.

Au centre de la salle, il y avait un groupe de personnes dont la tâche semblait être de superviser la procédure des interrogatoires, car ils ne se parlaient pas mais ils observaient attentivement tout ce qui se passait dans la salle. Ils portaient une simple tenue militaire et étaient armés; leur aspect suffisait à effrayer ceux qui les voyaient. Leurs visages étaient bilieux et rouges de colère, et leurs yeux s'éclairaient d'un regard de haine; ces hommes semblaient comme bâtis d'une seule pièce.

Tout ceci donnait l'impression d'une sinistre mise en scène. Le prisonnier devait donner son nom, son âge, son lieu de naissance, des détails sur sa famille, sa religion, son lieu de résidence, etc. Mais au fur et à mesure des innombrables questions, la personne passait du stade du simple renseignement, à un niveau où, inconsciemment, elle donnait des renseignements qui pouvaient lui porter préjudice au cours du procès. La gentillesse des secrétaires et leur douceur alliées à la confusion et à l'accablement des prisonniers, tout ceci permettait au procureur de trouver des réponses qui étayeraient son accusation et qui prouveraient que le prisonnier avait déjà reconnu sa culpabilité.

Tandis que j'observais avec attention tout ce qui se passait dans cette salle qui ressemblait à l'antichambre du Guéhinom (l'enfer), l'un des officiers m'indiqua de sa main que je devais m'avancer jusqu'à une table qui se trouvait à ma gauche. Il y avait une place libre; j'allais enfin subir mon interrogatoire.

L'homme Transformé

Je vis la secrétaire tendre à l'un des gardes de l'escorte les papiers et les documents concernant le prisonnier qui venait de quitter cette place, ainsi que le "Yarlik" portant son numéro matricule.

Le mot "Yarlik" est utilisé fréquemment. Lorsqu'une personne fait une commande importante dans divers sections d'un magasin, il va à la caisse et on lui donne un Yarlik avec le numéro d'emballage de ses achats. Lorsque vous envoyez un colis par le chemin de fer en express ou à la vitesse normale, on vous donne un reçu comportant le numéro du "Yarlik" attaché à votre colis.

Mais ici, à "Chpalerka", les Yarliks sont attachés aux hommes. Habituellement, les numéros sont collés sur les emballages, mais ici le numéro n'est pas fixé sur le vêtement du prisonnier, il est imprimé sur son âme. L'homme perd son identité, il est totalement transformé en un numéro impersonnel.

Au début, les gardes s'adressent au prisonnier en l'appelant par son nom, mais dès que le questionnaire est signé et scellé, on ne l'appelle plus par son nom mais par son numéro. J'ignore s'il fait référence au mois, au jour ou à quelque autre indication, mais je sais que la personne qui m'a précédé à cette place est maintenant désignée par le Nº 26.803.

L'Interrogatoire Préliminaire

- Asseyez-vous, citoyen, dit la sténo. Voici un questionnaire, répondez clairement à chaque question et faites-le à l'endroit approprié.

- Je n'ai rien à écrire, répondis-je. Ceci ne me concerne pas et je n'ai rien à répondre.

- Quoi? demanda la secrétaire. Vous refusez de vous conformer à l'usage officiel? C'est une loi; quiconque vient ici doit remplir ce questionnaire et répondre clairement à toutes les questions.

- Je ne suis pas venu ici; on m'y a conduit de force. Les personnes qui m'ont amené ici connaissent parfaitement mon identité. Pourquoi ferai-je quelque chose d'inutile?

- Oubliez-vous où vous vous trouvez? Avez-vous perdu la tête, ou désirez-vous établir ici de nouvelles procédures? Quel est votre nom?

- Je sais très bien que je suis un prisonnier qui vient d'être conduit à Chpalerka; mes idées sont très claires et je ne cherche pas non plus à instituer ici de nouvelles procédures. Mon nom est Schneersohn, j'habite au Nº 22 de la Rue Makhovaya, appartement 12. Je refuse d'inscrire mes réponses sur ce questionnaire. Vous pouvez noter ce que je viens de dire.

La secrétaire prit le formulaire et nota les renseignements que je lui avais donnés. Elle ajouta: "Quel est votre titre?".

- Je suis "Citoyen d'Honneur" (Le gouvernement russe accorda ce titre honorifique à Rabbi Schnéour-Zalman de Liadi, l'ancêtre de la dynastie des Schneersohn, en raison de ses activités patriotiques durant la guerre napoléonienne en 1812)

- Ce titre n'existe plus.

- Je ne sais si ce titre existe ou non, ce que je sais c'est que je suis "Citoyen d'Honneur".

- Quelles sont vos activités?

- J'étudie la "'Hassidouth" - la connaissance de la Divinité, ainsi que les lois et les préceptes relatifs à la religion juive.

- La religion...! La connaissance de D-ieu...! murmura la secrétaire.

- Oui, la connaissance de D-ieu. Un D-ieu a créé et façonné tout ce qui existe, et Sa Divine Providence s'étend à toute la Création: depuis le ver qui rampe au fond de la mer, jusqu'aux animaux du désert, ainsi que les humains qui vivent dans une société civilisée.

- Comment peut-on inscrire de telles réponses sur ce questionnaire?

- Qui vous oblige à écrire? En ce qui me concerne, je ne vous demande rien; faites-le si vous le souhaitez, sinon ne le faites pas.

Soudain trois hommes apparurent sur le seuil de la deuxième salle et observèrent la pièce dans laquelle nous nous trouvions. Leurs yeux parcouraient la pièce, et lorsqu'ils m'aperçurent leurs visages indiquèrent qu'ils avaient trouvé ce qu'ils cherchaient.

Je reconnus l'un d'entre eux; c'était le chauffeur du véhicule qui m'avait conduit à Chpalerka. Les trois hommes étaient jeunes, ils portaient des vêtements civils: pantalons courts, chemises de soie colorées, d'origine américaine ou anglaise, et longues chaussettes à boutons. Leur large ceinture était munie à gauche d'un gousset contenant une montre, et à droite d'un étui à revolver.

Leurs cheveux étaient coiffés avec élégance, un sentiment de plaisir éclairait leurs visages durs et insensibles.

Leur arrivée jeta un froid chargé de crainte dans toute la salle. Les gardes qui se tenaient au centre de la pièce et les secrétaires restèrent comme cloués à leurs places sans faire un bruit ou un mouvement de plus; on pouvait sentir que l'atmosphère avait complètement changé.

Les trois hommes se tenaient debout sans faire aucun geste et sans dire un mot, mais leur présence suscita une peur panique qui affecta les employés de la salle. Chaque secrétaire s'attelait à son travail avec davantage d'intensité et de sérieux, le visage des gardes changea aussi, passant du rouge vif à une pâleur extrême, leurs yeux scrutèrent les alentours dans un va et vient incessant qui les rendait pareils à des violonistes dirigés par un chef d'orchestre déchaîné.

L'un des trois hommes tira un étui à cigarettes en argent et offrit des cigarettes à ses camarades. Ils regardèrent dans ma direction. J'étais sûr qu'ils cherchaient un prétexte, une raison quelconque pour s'approcher de moi.

Je compris sans peine qu'ils souhaitaient savoir ce qu'on écrivait sur mon questionnaire. J'étais sûr qu'ils me connaissaient et savaient ce que je faisait. J'ignorais leur grade exact, s'ils appartenaient au premier ou au troisième département, mais de toute façon c'étaient des officiers supérieurs qui n'avaient pas l'habitude de se rendre dans ce secteur; c'est pourquoi toute la salle avait été saisie de frayeur.

Je supposais qu'ils souhaitaient participer à mon interrogatoire en me posant des questions indépendantes de celles du formulaire, ces questions serviraient bien sûr à étayer leurs accusations. Mais comment allaient-ils s'y prendre? Ces officiers supérieurs allaient-ils se mêler à des simples secrétaires? Leur attitude révélait leur malveillance.

- Que dois-je faire?... dit la secrétaire en tirant sur sa cigarette, comme si elle réfléchissait à haute voix. Je ne peux pas inscrire des réponses pareilles. J'ai le devoir de poser toutes les questions inscrites sur le formulaire et de noter les réponses. Il m'est impossible d'écrire des choses telles que D-ieu, la religion et les commandements Divins.

Lois et Règles Particulières

- Est-il permis au prisonnier aussi de fumer? demandai-je.

- Oui, répondit-elle. Mais les prisonniers n'ont pas l'habitude de le faire. Si vous voulez, je vais demander la permission de l'un des officiers qui se tiennent au centre de la pièce.

En parlant, elle fit en sorte d'être entendue des trois hommes qui venaient d'arriver, car ils se tenaient non loin. Un grand sourire aux lèvres, l'un des trois officiers supérieurs s'approcha et demanda en simulant la surprise: "Est-ce que ce citoyen veut fumer une cigarette?". Et se tournant vers moi il dit: "Ici, il n'est pas interdit de fumer; vous pouvez prendre une cigarette".

La secrétaire se plaignit à l'officier qui s'est approché du bureau: "Je ne peux pas remplir le questionnaire de ce citoyen, car il ne donne aucune réponse. Il dit qu'il n'a rien à voir avec tout cela, et refuse de répondre aux questions. Il m'a seulement donné son nom, son adresse et son titre".

L'officier prit le formulaire, l'examina un instant et se tourna vers moi: "Vous n'avez répondu à aucune question de ce formulaire. Vous devez le remplir entièrement. Vous n'avez pas le choix".

Il parlait calmement comme un supérieur qui consulte un rapport d'un subordonné. Il ajouta: "Je suis sûr que ce citoyen sait où il se trouve. Ce département est régi par des lois et des règles particulières, et tout nouvel arrivant doit s'y plier. Les responsables de ce département tiennent à ce que tout soit fait comme il convient, et avec précision".

Je répondis: "Je profite de l'occasion pour savoir si les assurances qui m'ont été données par des personnes autorisées, ou plus exactement par les représentants de votre organisme, sont dignes de confiance et si on peut être sûr que ces pro-messes seront elles aussi scrupuleusement respectées".

L'officier répondit: "Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, citoyen".

- Un représentant de votre organisme qui est venu m'arrêter cette nuit, m'a assuré qu'il me serait permis de respecter le commandement de mettre les Tefiline et de prier. Il est déjà une heure et demi et sa parole n'a pas été respectée. Il m'a dit de son propre chef que je ne resterai ici que quelques heures et que dès mon arrivée des officiers supérieurs viendraient me poser quelques questions et m'autoriseraient ensuite de rentrer chez moi. J'ignore pourquoi il m'a dit cela. Je me demande s'il cherchait seulement à calmer ma famille ou s'il a menti intentionnellement. Franchement je n'arrive pas à m'expliquer sa conduite, et cela m'est égal.

Mais je suis un homme religieux; je désire mettre mes Tefiline et prier. Nul ne peut m'interdire mes pratiques religieuses. J'ai demandé cela au moment où l'on m'a arrêté, et le représentant de la G.P.U. m'a assuré qu'il me sera permis de le faire. Il a ajouté ironiquement: "Bien que je sois communiste, je ne mens pas". Voilà ce qu'il m'a promis et c'est ce que je réclame.

Rien à dire de Plus

"En ce qui concerne le questionnaire, j'ai déjà dit que je n'étais pas venu ici de mon plein gré, mais que ce sont des agents de la G.P.U. qui m'ont conduit ici de force. Je suis sûr que ceux qui m'ont arrêté, de même que les officiers supérieurs de ce département savent très bien qui je suis. Voilà une fois pour toutes ce que j'ai à dire: Je suis Rabbi Schneersohn, le fils du fameux Rabbi Schneersohn de Lubavitch. Je porte le titre de "Citoyen d'Honneur" que j'ai hérité de mon aïeul. Je suis né à Lubavitch. J'ai étudié à la Yechivah de Lubavitch puis j'ai vécu huit ans et demi à Rostov et trois ans à Leningrad. Ma préoccupation essentielle est l'étude religieuse, notamment la réflexion sur la Divinité, connue sous le nom de 'Hassidouth-'Habad, et je m'occupe aussi d'éclaircir les lois et les préceptes concernant le peuple juif. Tout comme d'autres juifs religieux, je ne fais pas de politique. Je n'ai rien à dire de plus.

Ma fermeté, la clarté de mes réponses et ma retenue, ainsi que la tranquillité avec laquelle je fumais furent "des vaisseaux naturels pour ce qui transcende la nature", et l'officier dit tout en se parlant à lui-même: "Ce qui est écrit est suffisant". Il se tourna vers la secrétaire et avec un léger sourire, les yeux luisants d'une colère retenue, il dit: "Inscrivez les réponses de ce citoyen".

Mes Réponses sont Enregistrées

J'insistait auprès de l'officier: "Et pour mes prières?". Il me répondit avec une fausse assurance: "Le responsable de la section où vous serez conduit s'occupera de cela". Puis il s'éloigna en rongeant son frein.

La secrétaire prit un autre formulaire et nota mes réponses avec grand soin, puis elle me le tendit pour le signer.

Je pris le questionnaire, le lus attentivement, tirai un trait en face des questions auxquelles je n'avais pas répondu, pour que cela soit bien évident, et après l'avoir entièrement lu, je l'ai signé.

Pendant ces quelques minutes, les trois officiers discutaient en essayant de dissimuler l'intérêt qu'ils me portaient. Ils jetèrent un coup d'œil dans la salle et partirent. La secrétaire écrivait quelques mots sur de larges registres, apposant un cachet après chaque entrée. J'ignore ce qu'elle y écrit. Ensuite elle scella le formulaire que j'avais signé.

Je fus satisfait en voyant cela. J'avoue que je l'aurais été davantage si tout cela n'était pas arrivé, y compris mon arrestation. Mais puisque cela avait eu lieu et qu'on m'avait obligé de signer, il était préférable que cette feuille porte un cachet officiel afin d'éviter toute substitution avec un autre formulaire qu'il soit identique ou différent. Qui pouvait deviner les intentions de ces officiels? Ils étaient tout à fait capables de faire des faux, d'inventer des charges dénuées de tout fondement. Heureusement le cachet officiel préviendrait, dans une certaine mesure, une telle chose.

"...C'est Lourd de Signification"

Son enregistrement dans les quatre volumes était achevé. La secrétaire prit une carte et écrivit sur les pointillés à côté du mot Yarlik Nº, le nombre 26818. A cet instant précis, je fus transformé en un "Yarlik" . . .

Je me dis qu'un garde ne tarderait pas à venir pour m'escorter au deuxième département ou, comme on m'en avait averti, directement auprès du responsable de la section où je devais être emprisonné.

"Oui, tout est prêt", dit la secrétaire. Elle jeta un coup d'œil au formulaire et dit: "Oui, on a peu écrit, mais c'est lourd de signification". Elle prit un air désolé et ajouta: "Vous souhaitez peut-être envoyer un message à votre famille. Donnez-le moi et j'essayerai de le transmettre après mon travail".

Je ne répondis pas. J'attendais simplement l'escorte, je commençais à connaître les affres de cette épreuve. J'espérai qu'on me conduirait enfin vers un responsable. J'éprouvais une émotion intense à cause de tous ces préludes inutiles et éprouvants.

La secrétaire rassembla tous les docu-ments et me demanda de la suivre car on lui avait donné l'ordre de me conduire personnellement jusqu'à la prochaine étape, contrairement à l'usage.

Comme je l'ai dit, j'éprouvais une profonde angoisse. La montre marquait cinq heures et demie et j'avais déjà vécu de nombreuses expériences douloureuses. J'espérai qu'un incident décisif se produise, comme parler à quelqu'un d'important ou même d'être emprisonné, surtout pour échapper à l'angoisse que me faisait subir cette pression. Je me ressaisie et suivis mon chemin d'un pas assuré. Je me suis aperçu que j'avais laissé la valise contenant mes effets dans la salle où l'on avait rempli le formulaire; je le dis à la secrétaire et lui demandais si je pourrais retourner plus tard pour la prendre.

- Pourquoi n'avez-vous pas pris toutes vos affaires? Vous ne pouvez pas retourner là-bas. Il faudra déposer une réclamation, pour le moment c'est impossible. Le seul moyen c'est que je retourne dans la salle et que je rapporte la valise, ou mieux, lorsque j'y retournerai, je pourrai vous la ramener. On me permettra peut-être de l'envoyer avec l'un des gardes. Vous devez savoir que le règlement est très stricte. Le moindre écart, que ce soit une parole inutile ou quelque signe de communication avec un prisonnier, peut être puni par trois ou quatre mois d'emprisonnement. Il vaut mieux qu'en arrivant vous signaliez que vous avez oublié votre valise. On m'autorisera certainement de vous l'apporter. Je dois vous prévenir qu'ils ont retenu des charges sérieuses à votre encontre. Je sais qu'ils ont rassemblé beaucoup de preuves contre vous. Maintenant je sais qui vous êtes car j'en ai été informée par l'officier B.R. Ils ont l'intention de vous punir très sévèrement et votre situation est particulièrement critique. Parmi les trois officiers il y avait le Camarade R. lui-même.

Nous descendions des marches tandis qu'elle parlait. Mes sentiments changeaient d'un instant à l'autre. Un moment j'étais sûr qu'elle mentait intentionnellement pour m'effrayer, puis le doute m'envahissait et j'avais le sentiment qu'elle disait la vérité. Qui sait, il se pouvait fort bien que cette secrétaire possède un soupçon d'humanité. Je ne nierais pas que ces moments furent très pénibles. Mes pensées étaient confuses, mon cœur battait à tout rompre et mes genoux se dérobaient, mon corps tout entier se mit à trembler. Néanmoins je ne lui demandai pas où elle me conduisait, je savais qu'elle m'aurait répondu mais je craignais que cela n'ait un effet négatif sur moi et ne me fasse perdre espoir; tandis que cette incertitude me laissait place à espérer, et par cela je me ressaisis.

Elle me raconta: Douze personnes ont été amenés ici cette nuit, la plupart d'entre elles étaient des ecclésiastiques: des Russes, des Luthériens, des Allemands, des Polonais, un Musulman et un seul Juif- vous. Un Russe, un Géorgien et un Polonais ont été conduits par un garde armé directement à la troisième salle, à travers le couloir sombre, ensuite on les conduit au deuxième sous-sol et on les a exécutés sans aucun interrogatoire. On nous a seulement ordonné d'inscrire une entrée dans le registre. Ce n'est pas la même chose avec ceux pour qui l'on a rempli un questionnaire. Selon toutes probabilités, vous resterez ici quelques jours, puis vous subirez un interrogatoire. On m'a demandé de vous amener au premier étage en passant par là, car les officiers de contrôle sont postés ici. Tous les prisonniers de Chpalerka passent par ici.

A cet instant, je compris que tout cela n'avait qu'un seul but, angoisser et effrayer le prisonnier: l'obscurité, les marches avec leurs barres de fer, les murs sombres, l'atmosphère, tout ceci devait susciter une grande émotion, et la crainte d'être conduit vers un endroit terrible.

Je suis sûr que les personnes sensibles qui ont des aptitudes littéraires pouvaient décrire tout cela plus en détail, en mettant l'accent sur la nature des sentiments et sur le comportement de la personne, en dépeignant simplement les expériences que j'ai vécues pendant deux heures, à partir du moment où je suis arrivé dans cette prison, jusqu'à cet instant-là

Edité par le Bureau Lubavitch Européen - http://www.chabad-fr.org


 

 

 

 


La Sidra est dédiée à l'élévation de l`âme de  :

Josephine Freha bat Avner

Puisse son ame reposer au Gan Eden

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